[actualité historique] Comme en 1934, pour répondre aux exigences de la période, construisons l’unité syndicale pour construire un affrontement de classe d’ampleur

Le 6 février 1934, les ligues nationalistes, à la faveur de la crise économique, concluaient une intense agitation menée de l’affaire Staviskyi par une nuit d’emeute et une tentative de prise de pouvoir. Déjà, et comme à l’époque du boulangismeii, comme à l’époque du syndicalisme jaune de Bietryiii, une partie de ces ligues nationalistes tentait de mobiliser une partie du prolétariat au côté de la petite et moyenne bourgeoisie en affichant un discours « social » voire « socialiste »iv au côté d’un discours nationaliste et antisémite.

Le 9 février 1934, la CGT-U, dominée par les révolutionnaires, soucieuse de ne pas laisser le terrain social et de la rue aux fascistes lançait un mot d’ordre de grève générale. La CGT confédérée, dominée par les réformistes, se tenait à l’écart de la mobilisation, mais appelait le 12 février à une autre journée de grève générale.

La CGT-U a eu l’intelligence d’appeler également à se mobiliser le 12, mais appela cependant à un cortège distinct.

C’est sous la pression de la base syndicale , encore largement influencée par la conception syndicaliste révolutionnaire des origines, qui rejette la division syndicale politicienne et considère le syndicat comme le lieu de front unique des exploitéEs, que les deux manifestations convergerons en un puissant mouvement. La base crie « unité », et crée non seulement les conditions d’un coup d’arrêt à la dynamique fasciste en cours, mais lance un processus de réunification du syndicalisme de classe qui aboutira au puissant mouvement d’occupation et de grève générale de mai-juin 1936.

Contrairement à un mythe bien ancré dans l’historiographie politique, la dynamique de réunification syndicale précède l’accord du front populairev, et le mouvement de grève générale prend sa source dans les usines et dans l’action syndicale et non dans la victoire électorale du front populaire. C’est sous la pression de cette lutte puissante que la CGT réunifiée, seule force en lutte, propose et arrache les congés payés, cette immense conquête ouvrière dont bénéficient aujourd’hui les salariéEs.

A bien des égards, les ressemblances avec la situation actuelle sont frappantes. La « droite prolétarienne » nationaliste tente de mobiliser le prolétariat sur des revendications confuses, qui mêlent des revendications authentiquement ouvrières et des revendications antisémites et nationalistes. Cette agitation a lieu dans une période de crise qui frappe violemment la classe ouvrière, mais aussi la petite bourgeoisie, qui par peur du déclassement va réagir violemment, mais sans pour autant nécessairement se ranger derrière le mouvement ouvrier qu’elle regarde avec méfiance.

La réponse du mouvement syndical, à compter du 9 et du 12 février 1934, évite deux écueils :

– le premier écueil, celui d’un front commun opportuniste et sans principe avec les fascistes, qu’avaient tenté certains secteurs communistes allemand lors de certaines grèves d’entreprises ou de grèves des loyers à Berlin en 1932, au cours de laquelle, au nom de l’unité prolétarienne, se côtoyaient militants nazis et communistes.vi

– le second écueil, celui d’un abandon du terrain social aux nationalistes, en comprenant que le meilleur moyen de les faire taire, c’est d’élever le niveau de la lutte, sortir le drapeau rouge sur des bases de classes, et sans céder à l’opportunisme.

La période actuelle pose avec acuité, comme en 1934, la question de l’unité syndicale. Cette question de la réunification syndicale devrait être mis en débat dans nos organisations par toutes celles et tous ceux qui sont sincèrement attachés à construire une réponse à la hauteur de la période, face à la bourgeoisie qui est à l’offensive, et face aux fascistes qui sont en embuscade.

La période actuelle est aussi une période dans laquelle le mouvement syndical doit apporter une réponse à la hauteur des enjeux, en repartant à l’offensive sur le terrain social, en construisant la confédéralisation des luttes pour renverser la tendance face au patronat et à l’État.

La réponse ne se trouve pas plus aujourd’hui qu’à l’époque dans un opportunisme sans principe qui consiste à courir après des mouvements qui comportent une composante fasciste, en la minimisant ; et ce quand bien même ces mouvements ne s’y réduisent pas et comprennent par ailleurs une composante progressiste vii. Elle ne se trouve pas non plus dans une condamnation verbale de ces mouvements sans construction d’une alternative concrète et réelle, sur le terrain social, sur des bases de classe et antifasciste.

Ramener la fraction du prolétariat qui pense trouver dans ces mouvements une réponse à ses préoccupations ne peut se faire qu’en assumant ses gilets rouges et son drapeau rouge, en élevant le niveau de la lutte en multipliant la grève partout dans les entreprises, les blocages dans les zones de productions, sur une base de classe assumée. C’est le rôle de notre confédération syndicale de classe, qui doit retrouver ses repères.

iL’affaire Stavisky est une affaire d’escroquerie qui secoua la 3ème république et qui fut l’occasion pour les ligues nationalistes d’une campagne d’agitation antisémite, sur fond de crise économique et sociale

iiLe boulangisme est un mouvement de la fin du XIXème siècle regroupant des composantes prolétariennes et bourgeoises, allant de l’extrême gauche à l’extrême droite, autour de la candidature du général Boulanger, associant revendications « sociales » et discours nationaliste. Le boulangisme permis à la droite monarchiste et bourgeoise de développer une assise dans une fraction de la classe ouvrière, donnant naissance à la « droite prolétarienne » ou « droite révolutionnaire ».

iiiLe « syndicalisme jaune » naît à la fin du XIXème siècle, par opposition au « syndicalisme rouge ». Le syndicalisme refuse les grèves et prône la collaboration de classe plutôt que la lutte des classes, rejette le socialisme et comporte une forte dimension antisémite. Il a pour but de « réaliser la renaissance nationale en créant la réconciliation des classes sur un programme de justice sociale. »

ivSocialiste au sens des courants d’idées émergeant au XIXème siècle prétendant apporter une « réponse à la question sociale « , c’est à dire aux inégalités produites par la société capitaliste.

vCelui-ci peut être daté du « serment du 14 juillet 1935 »

viCette attitude du KPD a permis au NSDAP de considérablement renforcer son implantation ouvrière à Berlin, alors que celle-ci était initialement faible.

viiLe fait que le mouvement actuel des gilets jaunes est localement dominé dans un certain nombre d’endroits est une évidence. Le fait qu’il soit aussi localement dominé dans un certain nombre d’endroits tout autant. Le simple fait que les fascistes puissent y prospérer localement démontre que le caractère antisyndical initial du mouvement (epas de parti, pas de syndicat ») et le flou de ses revendications a permis à des fascistes de s’y sentir à l’aise et d’en faire un terrain de recrutement. Ce n’est sans doute pas une fatalité : le mouvement syndical a déjà su dans l’histoire faire évoluer le prolétariat du jaune au rouge, de la confusion nationaliste à la clarté de classe internationaliste, en assumant son autonomie de classe. Mais le combat contre cette influence fasciste ne peut se faire qu’en réaffirmant une dynamique de classe autonome par l’action syndicale dans les entreprises et sur les territoires. C’est en assumant nos « gilets rouges » par le développement des luttes, et pas en les cachant sous des « gilets jaunes » que nous pourrons amener le prolétariat qui revêt actuellement les « gilets jaunes » vers le mouvement syndical

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