Reconstruire une sociabilité de classe pour reconstruire le syndicalisme.

murLe syndicalisme est né historiquement de l’effort d’auto-organisation de la classe ouvrière. Des sociétés de secours ouvrières (comme la société des Voraces) aux bourses du travail, assurant avtn la sécu, l’entraide face à la maladie, les cours du soir, l’entraide face au chômage, la solidarité de classe a été au coeur de l’effort d’organisation ouvrier. Ces organisations de solidarité professionnelles et interprofessionnelles ont été le support de luttes victorieuses qui ont arraché au patronat des conquêtes sociales dont tout le monde bénéficie aujourd’hui (baisse du temps de travail, hausse des salaires, retraites, assurance chômage, lois sociales…)

Ces conquêtes, les prolétaires les ont obtenu d’abord dans un contexte où le mouvement syndical ne bénéficiait d’aucun droit dans l’entreprise. Si Mai 68 a permis d’obtenir de nouveaux droits (reconnaissance de la section syndicale d’entreprise), les choix de structures syndicales qui en ont découlé (prédominance du syndicalisme d’entreprise, structuré autour des grands établissements industriels et, dans une moindre mesure, de service) ont été à l’origine d’une affaiblissement considérable du syndicalisme à partir des années 70.

En effet, alors que le capitalisme s’est adapté à la situation en multipliant le fractionnement du salariat par les réorganisations et l’introduction de la sous-traitance en cascade, la structuration de syndicat par entreprise a accentué le décalage entre la frange du salariat présente dans les entreprise donneuses d’ordre et les moyennes et grosses entreprises, d’une part, et celle présente dans la sous-traitances, les petites et très petites entreprises, d’autre part.

Le syndicalisme d’entreprisei a eu pour conséquence le fractionnement boite par boite de la vie syndicale, et laissé de large frange du prolétariat hors du champs d’action du syndicalisme, sauf lorsque les fédérations ou UL menaient une politique volontariste d’organisation. Cela a eu pour conséquence l’apparition d’adhérents dits « isolés » qui faute de trouver un syndicat de branche pour les acceuillir et les organiser, se sont retrouvé livréEs à eux/elles mêmes dans les boites, face à leur patron, avec au mieux le soutien d’organisations interprofessionnelles de proximité (UL).

Beaucoup de militants politiques se sont satisfait de cette structuration par entreprise, puisque plutôt que d’organiser le lien inter-boites par la base, cela permettait aux militants politiques d’assurer ce lien inter-boites… Le mouvement syndical a pourtant tout intérêt à penser à cette coordination inter-boites par ses propres moyens, et ne pas la sous-traiter au militantisme politique. C’est la sociabilité née de ces échanges de proximité entre travailleuses et travailleurs ayant en commun la participation à un même processus de production, mais étant subordonnés à différents employeurs, qui permet d’envisager concrètement et matériellement de contester le pouvoir patronal : en déconstruisant son discours de victimisation par une meilleure connaissance de l’organisation dun processus de production dans la branche, en développant les capacités de contrôle ouvrier, et en permettant d’organiser la solidarité face à la répression patronale.

Pour reconstruire le lien syndical dans un contexte de fractionnement du salariat, il est urgent de revenir aux fondamentaux de notre syndicalisme : la solidarité comme base de développement d’une sociabilité qui dépasse le cadre de l’entreprise et nous constitue en tant que classe. Cette solidarité n’est pas le fait de grande déclarations d’intention, mais bien d’une PRATIQUE d’organisation qui la favorise, en organisant la rencontre de travailleuses et de travailleurs de différentes boites et d’une même branche, d’une part (par le syndicalisme d’industrieii) et en organisant la rencontre de travailleuses et travailleurs de différentes branches et d’une même localité, d’autre part (par les unions locales)

Les outils existent : sortons des discours, utilisons les !

i A ne pas confondre avec la présence syndicale en entreprise, le syndicalisme d’entreprise (syndicat de l’entreprise X, et non de la branche) organise le syndicat, c’est à dire l’action syndicale, dans le cadre d’UNE entreprise. Cela induit une identification à la boite, ne favorise pas l’échange interboite permettant de comparer les situations et de s’appuyer sur les expériences des autres, structure l’action pour les salaires autour des NAO entreprise par entreprise et non autour d’accords de branche, prive les salariéEs des TPE ou des petites entreprises, où celles avec une faible présence syndical, d’un espace d’organisation collective.

iiLe syndicalisme d’industrie n’exclue par l’implantation dans les boite par le biais des sections syndicales, mais sort l’organisation syndicale du seul cadre de l’entreprise pour s’adresser à touTEs les travailleurs et travailleuses de la branche, quel que soit leur métier…

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