Pas de grève générale sans grève, pas de grève sans grévistes

Toutes les grandes conquêtes sociales (sécurité sociale, hausses des salaires, baisse du temps de travail, congés payés) ont été obtenue par la grève. Sa généralisation est un moyen d’élévation du rapport de classe, mais aussi une stratégie révolutionnaire.

La grève générale, pour les syndicalistes révolutionnaires, n’est donc pas un « mythe mobilisateur », mais une stratégie de lutte et une stratégie révolutionnaire. Pour construire cette stratégie dans le réel, il faut éviter de se payer de mot, croire dans la seule magie des appels, et regarder la réalité en face : La majorité des entreprises – et l’écrasante majorité des TPE et PME n’a pas connu la grève ces dernières années. La plupart des travailleuses et des travailleurs n’ont jamais ne serait-ce que participé à une grève locale. Pour une raison toute simple : dans la majorité des entreprises, il n’y a aucune présence syndicale, ou une présence qui se réduit aux élus et mandatés, que les patrons tentent d’occuper et de détourner de leur travail de terrain en multipliant les réunions. Dans l’immense majorité des entreprises, les syndiqués sans mandats sont traqués et réprimés, les élus combatifs sont persécutés et isolés sciemment par les patrons placardisés, mis à pieds voire licenciés, les moins combatifs cooptés par le patron ou achetés.

A cette répression patronale s’ajoute l’effet de contrainte de l’endettement.

Dans l’immense majorité des cas, à de très rares exceptions prêt, la grève ne surgit que là où il y a du collectif, et le collectif n’existe que là où il y a des sections syndicales ne se réduisant pas aux élus et mandatés. Dans le cas où il n’y a pas encore de présence syndicale, si un mouvement de grève peut surgir devant une injustice patronale de plus, par ras le bol ou envie d’améliorer des conditions de travail ou des salaires, les grèvistes comprennent vite l’intérêt de s’organiser syndicalement face à la répression patronale, parce qu’ils constatent qu’isolés, face à des patrons qui bénéficient, eux, des moyens que leur donne leur capital, mais aussi leurs organisations, ils sont moins forts.

Dans ce contexte, parler de grève générale sans parler de l’organisation collective dans les boites qui permet de réaliser la grève, revient en réalité à se payer de mot. C’est comme envisager de traverser un océan sans avoir jamais ni appris à nager ni sans jamais se jeter à l’eau.

Pas de grève sans collectif, pas de collectif sans lien humain et sociabilité

Expérimenter la grève, dans ce qu’elle montre de notre force collective de travailleuses et travailleurs, c’est une étape qu’aucun texte, même le plus lyrique, aucun « appel », même le plus clair, ne permet, seul, de réaliser.

Quiconque a déjà participé au lancement d’une grève sait à quel point que ce qui compte, c’est avant tout le collectif et le lien humain qui le crée. Ce moment où se met en mouvement le collectif. Le plus souvent après quelques paroles décisives, un échange de regard, entre personnes qui se connaissent où on appris à se connaître parce qu’elles travaillent ensemble, au quotidien.

Aucune grève, et bien sur, aucune généralisation de la grève, aucune grève générale n’est réalisable sans dynamique de grève dans les entreprises.

Aucune dynamique de grève n’existe sans ce lien qui se crée par la solidarité quotidienne, mais aussi par un patient travail d’organisation, qui est la nature même de l’activité syndicale, et qui est le plus souvent invisible et méprisé par toutes celles et tous ceux qui pensent qu’il existe des raccourcis facile à la construction collective de la lutte. Ces derniers et dernières, qu’il s’agisse des partisans du « dialogue social » ou les idéalistes révolutionnaires de toute chapelle, ont en commun de croire à la magie du langage, qui débloquerait toutes les situations.

Mais si la parole est nécessaire, elle ne suffit pas à l’action, et certainement pas à la transformation sociale : sans organisation ni solidarité collective, aucun rapport de force ni mise en mouvement ne se crée sur le lieu même de l’exploitation capitaliste.

Quelles organisations pour recréer du collectif ?

S’organiser dans les TPE, PME, autant que dans les grandes entreprises et services publics est nécessaire, pour y contester le pouvoir capitaliste et inverser le rapport de force dans la lutte des classes. Créer de la solidarité au quotidien, récréer les conditions d’une force collective ne se fait pas en un jour, mais passe par des pratiques durables, qui permettent de faire face à la répression patronale, à la précarisation, aux réorganisation de l’appareil de production qui visent à fractionner le prolétariat par le recours massif à la sous-traitance, à l’intérim, aux contrats courts.

Créer la solidarité, construire l’organisation pour rendre la grève possible, pour affronter la répression patronale avec plus de force, et ainsi construire ainsi la généralisation de la grève comme une possibilité stratégique réelle et pas une incantation.

Les syndicats d’entreprise ont montré leurs défauts : en isolant les salariéEs boite par boite, il ne permettent pas d’organiser la rencontre et la solidarité entre salariéEs de différentes boites, soit dans la même industrie, soit entre donneurs d’ordre et sous traitant, et de faire émerger les luttes communes et une connaissance globale des circuits de productions et des stratégies patronales. Ils sont par ailleurs impossible à construire dans les TPE et la plupart des PME, puisque le nombre d’adhérents potentiels n’est pas suffisant pour assurer l’existance des outils collectifs nécessaires à la lutte.

Le syndicalisme industrie, réunissant les sections syndicales d’un même processus de production ou filière de production au sein d’un syndicat local, permet d’associer au contraire ancrage dans les boites et soutien et organisations des salariéEs isoléEs dans les TPE et la sous traitance. Il permet aussi de construire une vision plus large du processus de production, de préparer au contrôle ouvrier et de ne pas laisser au seul patronat une vision d’ensemble des processus et filières de production.

Les unions locales, quand à elle, peuvent, lorsqu’elles sont investies, coordonnées efficacement la solidarité interpro, et amener de la force collective en soutien aux salariéEs des petites boites d’un territoire.

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