A propos du communiqué interconfédéral du 6 décembre 2018 Rejetons le « syndicalisme d’accompagnement » rassemblé Construisons l’unification du syndicalisme de lutte de classe

Le bureau exécutif de la confédération a choisi, ce 6 décembre 2018, en pleine ébullition sociale, de cosigner un communiqué indigne avec les autres organisations syndicales, l’Union syndicale Solidaires exceptés.

Indigne, parce qu’il prétend que le gouvernement a « ouvert les portes du dialogue », alors qu’il reste sourd aux attentes sociales et choisit la surenchère répressives.

Indigne, parce ce communiqué tait la violence sociale et la violence de la répression pour se faire le pompier au service du gouvernement et du patronat en dénonçant « toutes formes de violence dans l’expression des revendications. »

Ce communiqué s’inscrit dans l’idéologie bourgeoise qui fait des organisations syndicales des « corps intermédiaires » et qui entretient l’illusion du « dialogue social » comme facteur de progrès social. Il entretient également l’idée que la situation sociale actuelle découlerait non de l’état du rapport de force entre les classes, mais du « manque d’écoute » du gouvernement.

Le progrès social n’est jamais venu de « l’écoute » des gouvernants, mais du rapport de force qu’a su imposer l’action syndicale.

Les organisations syndicales n’ont jamais été « reconnues » par les gouvernants, mais ont su s’imposer par la force de leur action sur le terrain économique et social. Se lamenter sur le « manque d’écoute » du gouvernement, c’est passer à côté du véritable problème auquel nous avons à faire face : celui du recul du rapport de force syndical.

Ce recul, nous l’avons déjà évoqué, est le fait de structures inadaptées à l’évolution de l’organisation économiques, les syndicats d’entreprises, et leur pendant, la logique corporatiste. Ce recul est fait de l’idéologie du « dialogue social » qui s’illusionne en pensant que par la seule qualité de l’argumentaire on convaincra patrons et gouvernants de reculer et prendre en compte nos revendications, alors que c’est uniquement le rapport de force que nous arrivons à construire qui peut les y contraindre. Ce recul est également le fait du désinvestissement des structures interprofesssionnelles par les militantEs et militantEs, qui favorisent le recul corporatiste, facteur d’échec sur toutes les questions qui touchent à l’intérêt général des classes laborieuses. Ce recul  est aussi le fruit d’une tendance à la bureaucratisation qui éloignent considérablement une partie des instances syndicales de la réalité de terrain, bureaucratisation favorisée par le replis corporatiste, l’absence de vie syndicale, de formation syndicale et de contrôle des mandats.

Ce recul est enfin le fait de l’absence de toute stratégie conséquente et durable de confédéralisation des luttes, qui sorte de l’inertie, des journées d’actions sans lendemain, mais aussi des appels incantatoires et organise l’affrontement social dans l’esprit de la Chartes d’Amiens.

Si, suite à la protestation de nombreuses structures, un communiqué confédéral a « rectifié le tir » dans la foulée, en réaffirmant les valeurs initiales de notre syndicalisme, la signature du communiqué interconfédéral est inacceptable. Elle traduit en soit cette volonté issue de l’idéologie du « syndicalisme rassemblé » qui fait de l’unité syndicale avec des organisations qui versent dans la collaboration de classe une fin en soit.

A l’opposé de cette logique, une véritable politique d’unification syndicale ne peut se faire que sur un projet de lutte de classe, et de confédéralisation des luttes. En rupture avec cette idéologie du syndicalisme comme facteur de « pacification » des relations sociales, elle doit également se faire sur la base d’une réelle construction de l’alternative syndicale à toutes les échelles, par le biais des outils structurels de notre confédération. Pour reconstruire un syndicalisme présent partout, qui construise le rapport de force réellement, sans non plus se satisfaire de postures ou d’incantations.

Ce sont les valeurs de notre CGT !

Reconstruire une sociabilité de classe pour reconstruire le syndicalisme.

murLe syndicalisme est né historiquement de l’effort d’auto-organisation de la classe ouvrière. Des sociétés de secours ouvrières (comme la société des Voraces) aux bourses du travail, assurant avtn la sécu, l’entraide face à la maladie, les cours du soir, l’entraide face au chômage, la solidarité de classe a été au coeur de l’effort d’organisation ouvrier. Ces organisations de solidarité professionnelles et interprofessionnelles ont été le support de luttes victorieuses qui ont arraché au patronat des conquêtes sociales dont tout le monde bénéficie aujourd’hui (baisse du temps de travail, hausse des salaires, retraites, assurance chômage, lois sociales…)

Ces conquêtes, les prolétaires les ont obtenu d’abord dans un contexte où le mouvement syndical ne bénéficiait d’aucun droit dans l’entreprise. Si Mai 68 a permis d’obtenir de nouveaux droits (reconnaissance de la section syndicale d’entreprise), les choix de structures syndicales qui en ont découlé (prédominance du syndicalisme d’entreprise, structuré autour des grands établissements industriels et, dans une moindre mesure, de service) ont été à l’origine d’une affaiblissement considérable du syndicalisme à partir des années 70.

En effet, alors que le capitalisme s’est adapté à la situation en multipliant le fractionnement du salariat par les réorganisations et l’introduction de la sous-traitance en cascade, la structuration de syndicat par entreprise a accentué le décalage entre la frange du salariat présente dans les entreprise donneuses d’ordre et les moyennes et grosses entreprises, d’une part, et celle présente dans la sous-traitances, les petites et très petites entreprises, d’autre part.

Le syndicalisme d’entreprisei a eu pour conséquence le fractionnement boite par boite de la vie syndicale, et laissé de large frange du prolétariat hors du champs d’action du syndicalisme, sauf lorsque les fédérations ou UL menaient une politique volontariste d’organisation. Cela a eu pour conséquence l’apparition d’adhérents dits « isolés » qui faute de trouver un syndicat de branche pour les acceuillir et les organiser, se sont retrouvé livréEs à eux/elles mêmes dans les boites, face à leur patron, avec au mieux le soutien d’organisations interprofessionnelles de proximité (UL).

Beaucoup de militants politiques se sont satisfait de cette structuration par entreprise, puisque plutôt que d’organiser le lien inter-boites par la base, cela permettait aux militants politiques d’assurer ce lien inter-boites… Le mouvement syndical a pourtant tout intérêt à penser à cette coordination inter-boites par ses propres moyens, et ne pas la sous-traiter au militantisme politique. C’est la sociabilité née de ces échanges de proximité entre travailleuses et travailleurs ayant en commun la participation à un même processus de production, mais étant subordonnés à différents employeurs, qui permet d’envisager concrètement et matériellement de contester le pouvoir patronal : en déconstruisant son discours de victimisation par une meilleure connaissance de l’organisation dun processus de production dans la branche, en développant les capacités de contrôle ouvrier, et en permettant d’organiser la solidarité face à la répression patronale.

Pour reconstruire le lien syndical dans un contexte de fractionnement du salariat, il est urgent de revenir aux fondamentaux de notre syndicalisme : la solidarité comme base de développement d’une sociabilité qui dépasse le cadre de l’entreprise et nous constitue en tant que classe. Cette solidarité n’est pas le fait de grande déclarations d’intention, mais bien d’une PRATIQUE d’organisation qui la favorise, en organisant la rencontre de travailleuses et de travailleurs de différentes boites et d’une même branche, d’une part (par le syndicalisme d’industrieii) et en organisant la rencontre de travailleuses et travailleurs de différentes branches et d’une même localité, d’autre part (par les unions locales)

Les outils existent : sortons des discours, utilisons les !

i A ne pas confondre avec la présence syndicale en entreprise, le syndicalisme d’entreprise (syndicat de l’entreprise X, et non de la branche) organise le syndicat, c’est à dire l’action syndicale, dans le cadre d’UNE entreprise. Cela induit une identification à la boite, ne favorise pas l’échange interboite permettant de comparer les situations et de s’appuyer sur les expériences des autres, structure l’action pour les salaires autour des NAO entreprise par entreprise et non autour d’accords de branche, prive les salariéEs des TPE ou des petites entreprises, où celles avec une faible présence syndical, d’un espace d’organisation collective.

iiLe syndicalisme d’industrie n’exclue par l’implantation dans les boite par le biais des sections syndicales, mais sort l’organisation syndicale du seul cadre de l’entreprise pour s’adresser à touTEs les travailleurs et travailleuses de la branche, quel que soit leur métier…

[actualité historique] Comme en 1934, pour répondre aux exigences de la période, construisons l’unité syndicale pour construire un affrontement de classe d’ampleur

Le 6 février 1934, les ligues nationalistes, à la faveur de la crise économique, concluaient une intense agitation menée de l’affaire Staviskyi par une nuit d’emeute et une tentative de prise de pouvoir. Déjà, et comme à l’époque du boulangismeii, comme à l’époque du syndicalisme jaune de Bietryiii, une partie de ces ligues nationalistes tentait de mobiliser une partie du prolétariat au côté de la petite et moyenne bourgeoisie en affichant un discours « social » voire « socialiste »iv au côté d’un discours nationaliste et antisémite.

Le 9 février 1934, la CGT-U, dominée par les révolutionnaires, soucieuse de ne pas laisser le terrain social et de la rue aux fascistes lançait un mot d’ordre de grève générale. La CGT confédérée, dominée par les réformistes, se tenait à l’écart de la mobilisation, mais appelait le 12 février à une autre journée de grève générale.

La CGT-U a eu l’intelligence d’appeler également à se mobiliser le 12, mais appela cependant à un cortège distinct.

C’est sous la pression de la base syndicale , encore largement influencée par la conception syndicaliste révolutionnaire des origines, qui rejette la division syndicale politicienne et considère le syndicat comme le lieu de front unique des exploitéEs, que les deux manifestations convergerons en un puissant mouvement. La base crie « unité », et crée non seulement les conditions d’un coup d’arrêt à la dynamique fasciste en cours, mais lance un processus de réunification du syndicalisme de classe qui aboutira au puissant mouvement d’occupation et de grève générale de mai-juin 1936.

Contrairement à un mythe bien ancré dans l’historiographie politique, la dynamique de réunification syndicale précède l’accord du front populairev, et le mouvement de grève générale prend sa source dans les usines et dans l’action syndicale et non dans la victoire électorale du front populaire. C’est sous la pression de cette lutte puissante que la CGT réunifiée, seule force en lutte, propose et arrache les congés payés, cette immense conquête ouvrière dont bénéficient aujourd’hui les salariéEs.

A bien des égards, les ressemblances avec la situation actuelle sont frappantes. La « droite prolétarienne » nationaliste tente de mobiliser le prolétariat sur des revendications confuses, qui mêlent des revendications authentiquement ouvrières et des revendications antisémites et nationalistes. Cette agitation a lieu dans une période de crise qui frappe violemment la classe ouvrière, mais aussi la petite bourgeoisie, qui par peur du déclassement va réagir violemment, mais sans pour autant nécessairement se ranger derrière le mouvement ouvrier qu’elle regarde avec méfiance.

La réponse du mouvement syndical, à compter du 9 et du 12 février 1934, évite deux écueils :

– le premier écueil, celui d’un front commun opportuniste et sans principe avec les fascistes, qu’avaient tenté certains secteurs communistes allemand lors de certaines grèves d’entreprises ou de grèves des loyers à Berlin en 1932, au cours de laquelle, au nom de l’unité prolétarienne, se côtoyaient militants nazis et communistes.vi

– le second écueil, celui d’un abandon du terrain social aux nationalistes, en comprenant que le meilleur moyen de les faire taire, c’est d’élever le niveau de la lutte, sortir le drapeau rouge sur des bases de classes, et sans céder à l’opportunisme.

La période actuelle pose avec acuité, comme en 1934, la question de l’unité syndicale. Cette question de la réunification syndicale devrait être mis en débat dans nos organisations par toutes celles et tous ceux qui sont sincèrement attachés à construire une réponse à la hauteur de la période, face à la bourgeoisie qui est à l’offensive, et face aux fascistes qui sont en embuscade.

La période actuelle est aussi une période dans laquelle le mouvement syndical doit apporter une réponse à la hauteur des enjeux, en repartant à l’offensive sur le terrain social, en construisant la confédéralisation des luttes pour renverser la tendance face au patronat et à l’État.

La réponse ne se trouve pas plus aujourd’hui qu’à l’époque dans un opportunisme sans principe qui consiste à courir après des mouvements qui comportent une composante fasciste, en la minimisant ; et ce quand bien même ces mouvements ne s’y réduisent pas et comprennent par ailleurs une composante progressiste vii. Elle ne se trouve pas non plus dans une condamnation verbale de ces mouvements sans construction d’une alternative concrète et réelle, sur le terrain social, sur des bases de classe et antifasciste.

Ramener la fraction du prolétariat qui pense trouver dans ces mouvements une réponse à ses préoccupations ne peut se faire qu’en assumant ses gilets rouges et son drapeau rouge, en élevant le niveau de la lutte en multipliant la grève partout dans les entreprises, les blocages dans les zones de productions, sur une base de classe assumée. C’est le rôle de notre confédération syndicale de classe, qui doit retrouver ses repères.

iL’affaire Stavisky est une affaire d’escroquerie qui secoua la 3ème république et qui fut l’occasion pour les ligues nationalistes d’une campagne d’agitation antisémite, sur fond de crise économique et sociale

iiLe boulangisme est un mouvement de la fin du XIXème siècle regroupant des composantes prolétariennes et bourgeoises, allant de l’extrême gauche à l’extrême droite, autour de la candidature du général Boulanger, associant revendications « sociales » et discours nationaliste. Le boulangisme permis à la droite monarchiste et bourgeoise de développer une assise dans une fraction de la classe ouvrière, donnant naissance à la « droite prolétarienne » ou « droite révolutionnaire ».

iiiLe « syndicalisme jaune » naît à la fin du XIXème siècle, par opposition au « syndicalisme rouge ». Le syndicalisme refuse les grèves et prône la collaboration de classe plutôt que la lutte des classes, rejette le socialisme et comporte une forte dimension antisémite. Il a pour but de « réaliser la renaissance nationale en créant la réconciliation des classes sur un programme de justice sociale. »

ivSocialiste au sens des courants d’idées émergeant au XIXème siècle prétendant apporter une « réponse à la question sociale « , c’est à dire aux inégalités produites par la société capitaliste.

vCelui-ci peut être daté du « serment du 14 juillet 1935 »

viCette attitude du KPD a permis au NSDAP de considérablement renforcer son implantation ouvrière à Berlin, alors que celle-ci était initialement faible.

viiLe fait que le mouvement actuel des gilets jaunes est localement dominé dans un certain nombre d’endroits est une évidence. Le fait qu’il soit aussi localement dominé dans un certain nombre d’endroits tout autant. Le simple fait que les fascistes puissent y prospérer localement démontre que le caractère antisyndical initial du mouvement (epas de parti, pas de syndicat ») et le flou de ses revendications a permis à des fascistes de s’y sentir à l’aise et d’en faire un terrain de recrutement. Ce n’est sans doute pas une fatalité : le mouvement syndical a déjà su dans l’histoire faire évoluer le prolétariat du jaune au rouge, de la confusion nationaliste à la clarté de classe internationaliste, en assumant son autonomie de classe. Mais le combat contre cette influence fasciste ne peut se faire qu’en réaffirmant une dynamique de classe autonome par l’action syndicale dans les entreprises et sur les territoires. C’est en assumant nos « gilets rouges » par le développement des luttes, et pas en les cachant sous des « gilets jaunes » que nous pourrons amener le prolétariat qui revêt actuellement les « gilets jaunes » vers le mouvement syndical

Sans parti, si tu veux… mais sans syndicat, vraiment ?

C’est devenu courant, ces dernières années, d’associer partis et syndicats, dans un même rejet de la « récupération » et de « la politique » (au sens politicien du terme, car tout est politique dès lors qu’on ne réduit pas le politique à la représentation bourgeoise et électorale).

Pourtant les deux types d’organisations sont de nature totalement différente. Quand les partis regroupent sur la base d’idées communes des personnes (souvent, pour la plupart d’entre eux, issues de toutes classes sociales), les organisations syndicales, elles, regroupent les travailleurs et travailleurs, du public et du privé, avec ou sans emploi, sur une base matérielle, celle de leurs intérêts liés à leur position subordonnée dans le mode de production capitaliste.

Les organisations syndicales sont des organisations créées par les travailleuses et travailleurs et pour les travailleuses et travailleurs, quelle que soient leur situation (du privé, du public, précaire ou embauché, avec ou sans emploi, actif/ve ou retraitéE…). C’est parce qu’elle les réuni d’abord sur la base de leurs intérêts que ces organisations sont les seules réelles organisations autonomes du prolétariat, c’est à dire de celles et ceux qui ne vivent que de leur force de travail.

Ce sont ces organisations qui ont construit historiquement les conquêtes sociales du mouvement ouvrier, dont tout le monde bénéficie aujourd’hui : sécurité sociale (assurance chômage, maladie, retraite, solidarité famille), garanties conventionnelles salaires minimum, congés payés… Celles et ceux qui prétendent le contraire ignorent l’histoire social, involontairement ou volontairement…

Renoncer au syndicat, c’est renoncer à défendre ses intérêts propres de travailleuses et de travailleurs, de s’organiser en tant que classe. Pas d’action sur la production, pas d’impact réel dans l’économie sans organisation au coeur même de la production. Cette organisation de masse, de front uni face aux patrons et aux actionnaires, mais aussi à l’État, seul le mouvement syndical est à même de la construire dans la durée, de manière solide et constante.

Combattre les déviations  et instrumentalisations bureaucratiques ou politiciennes dans le mouvement syndical est une nécessité, mais celles et ceux qui jettent le « bébé » syndical avec l’eau du bain sale de la bureaucratie font tout autant le jeu de cette bureaucratie (qui s’arrange bien d’une telle critique qui ne remet pas fondamentalement en cause son pouvoir) que celui du patronat et de l’État, dont le rêve est de liquider ce qui reste de résistance syndicale.

[structures]Les syndicats et les confédérations syndicales sont des organisations de classe, pas des « corps intermédiaires »

Les syndicats ne sont pas « des corps intermédiaires ». Historiquement, ce sont des organisations ouvrières, les organisations que le mouvement ouvrier s’est donné pour organiser la défense de ses intérêts face au patronat et à l’Etat.
Ce sont les politiciens et les intellectuels bourgeois qui ont défini -de l’extérieur- les organisations syndicales comme des « corps intermédiaires ». Sous leur influence, malheureusement, nombre de syndiquéEs et de syndicalistes ont fini par s’en convaincre.
Le rôle des syndicats -et confédérations syndicales n’est pas le « dialogue social », mais la conquêtes d’améliorations sociales et la transformation de la société par la préparation de l’expropriation capitaliste, comme le rappelle la charte d’Amiens.
Négocier à l’issu d’un rapport de force pour arracher des conquêtes, les généraliser, c’est une étape de la lutte, mais pas une fin en soi.
Non, le problème actuel n’est pas le « mépris des corps intermédiaires », mais la faiblesse du mouvement syndical, et donc du rapport de force de classe lié à :
_ La prédominence du syndicalisme d’entreprise, de statut, sur le syndicalisme d’industrie/de branche, qui laisse des pan entiers du prolétariat sans outil organisationnel.
– La désertion militante des organisations de solidarité inteprofessionnelles que sont les Unions Locales (ou leur inexistance dans certaines organisations syndicales) qui laisse chacune et chacun dans sa lutte et dans sa merde.
Prédominence et désertion dont la continuité est assurée y compris par plein de « gauchistes » à discours « bien rouge » « ou rouge et noire, mais qui en réalité se gardent bien de s’attaquer à la racine du problème en posant la question de l’organisation, parce qu’ils pensent que le parti/l’organisation politique (ou dans sa version informelle facebook ou le collectif bidule) est le lieu pour construire cette solidarité en lieu et place de l’outil syndical pourtant évident (et ça permet de recruter sur le mode « regardez le mouvement syndical ne fait pas assez d’interpro »)
Cette pratique laisse dans les faits la place libre à la bureaucratie, nourri l’antisyndicalisme, et entérrine de nouveaux reculs sociaux. D’un côté les incantations qui ne se donnent pas la peine de traduire sur le terrain organisationnel des objectifs stratégiques, de l’autre une bureaucratie qui sait se faire rouge à l’occasion, mais se garde bien de toucher elle aussi aux structures, et se satisfait bien d’une telle « opposition »gauchiste qui se complait dans une posture de dénonciation mais ne va pas faire bouger les ligne organisationnelle au sein des orgas syndicales en créant ou relançant les outils qui fonctionnent.
Pour sortir de cette faiblesse, il faut :
_ Revenir aux fondamentaux du syndicalisme : syndicalisme d’industrie, renforcement des unions locales, interpro, ancrâge de classe, solidarité de classe, construction DURABLE d’un rapport de force
_ Poser la question de l’unification du syndicalisme de classe
_ Et, avec des organisations en ordre de bataille, construire l’affrontement de classe, avec pour objectif le développement de collectifs syndicaux partout sur des bases d’industrie, et d’UL, seuls à même de faire de la généralisation de la grève un objectif stratégique réalisable et non une incantation mythique.
Sortir de la facilité, de l’idéalisme, mettre les mains dans le cambouis

[structures] Retour aux sources : le syndicalisme d’industrie

Plus encore que l’orientation, la question des structures détermine la pratique syndicale. Le syndicalisme d’entreprise est une impasse, qui enferme les travailleurs et travailleuses dans l’entreprise. A l’opposé de cette logique, le syndicalisme d’industrie organiser les travailleurs et travailleuses d’une branche appartenant à différentes entreprise, exerçant différents métiers et appartenant à différent statut. Il permet non seulement d’organiser la solidarité entre ces différentes catégories de travailleuses et travailleurs, mais de s’appuyer sur les point fort d’implantation syndicale pour se développer là où le syndicat est faible. Il permet de construire à partir d’une base matérielle (et non idéaliste) la conscience de classe, par la solidarité entre travailleuses et travailleurs. Il ne conditionne pas l’appartenance à un collectif syndical à la stabilité dans l’entreprise, et répond organisationnellement à l’explosion de la précarité. Contrairement aux idées reçues, le syndicalisme d’industrie n’éloigne pas le fait syndical des syndiquéEs ou des boites, dès lors qu’il s’appuie sur des sections syndicales d’entreprises quand c’est possible, sur des foncionnements démocratique et sur une logique territoriale de proximité (le territoire d’une UL par exemple). Il permet aussi de développer le contrôle ouvrier, en assurant par la rencontre des travailleuses et travailleurs de la branche, une meilleure connaissance du fonctionnement de la production et de la distribution, permettant ainsi de contester aux patrons leur expertise et leur contrôle de la production, dans une perspective syndicaliste révolutionnaire. Un retour aux sources nécessaire…

[notre histoire] La Charte (motion confédérale) d’Amiens

charted'amiens«Le Congrès confédéral d’Amiens confirme l’article 2, constitutif de la CGT: la CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat.
Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose, sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.
Le Congrès précise, par les points suivants, cette affirmation théorique: dans l’œuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme; il prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale.
Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation des salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait, à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat.
Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l’entière liberté pour le syndiqué de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors.
En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale.»

Les signataires: François Marie (typographe de la Seine), M. Cousteau (ouvrier jardinier), Ludovic Ménard (ardoisier de Trélazé), Jules Chazeaud (chaudronnier de Lyon), C. Bruon (ouvrier du bâtiment), Louis Ferrier (serrurier de Grenoble), Eugène David (plâtrier-peintre de Grenoble), Jean Latapie (métallo de Paris), Jean-Baptiste Médard, Alphonse Merrheim (métallos), Paul Delesalle, (métallo de Paris), Jules Bled (jardinier de la Seine), Émile Pouget, Étienne Tabard (cochers de Paris), Amédée Bousquet (boulanger de Paris), Monclard (boulanger de Marseille), Jacques Mazaud (cocher de la Seine), Joseph Braun (ouvrier mécanicien), Auguste Garnery (ouvrier bijoutier de Paris), Alexandre Luquet (coiffeur à Paris), Henri Dret (cordonnier à Paris), Étienne Merzet (mineur de Saône-et-Loire), Albert Lévy (employé), G. Thil (lithographe), Paul Ader (ouvrier agricole de l’Aude), Georges Yvetot (typographe de la Seine), Charles Delzant (verrier du Nord), Henri Galantus (ferblantier de Paris), H. Turpin (mécano-auto), J. Samay (Bourse du travail de Paris), Charles Robert (tanneur de Grenoble), Jules Bornet (bûcheron du Cher), Pierre Hervier (Bourse du travail de Bourges), Charles Dhooghe (ouvrier du textile de Reims), Jules Roullier (électricien du Finistère), Narcisse Richer (ouvrier de la chaussure du Mans), Léon Laurent (Bourse du travail de Cherbourg), C. Devilar (courtier de Paris), Bastien (ouvrier du textile d’Amiens), Henri Henriot (allumettier), Léon Morel (employé de commerce de Nice), Sauvage (métallo), Henri Gauthier (chaudronnier de Saint-Nazaire). Motion adoptée au congrès CGT d’Amiens, en 1905 par 830 voix pour, 8 contre et un blanc.